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vendredi 15 août 2008

Une nouvelle représentation de Cernnunos à Brioude ?


Cernnunos était l'une des divinités du panthéon gaulois, le dieu-cerf cornu. Si son existence est attestée par des représentations figurées (sur le pilier des Nautes de Paris, notamment, mais aussi sur le chaudron de Gundestrup) ainsi que par quelques inscriptions, il reste très mal connu : nous ne savons presque rien de ses fonctions ni de sa mythologie.

C'est pourquoi une découverte récente, au baptistère de Brioude (Haute-Loire, pays Arverne), revêt une importance particulière : dans ce très ancien sanctuaire chrétien, pourrait avoir été remployée une statue de Cercunnos. C'est probablement une nouvelle pièce apportée au puzzle de l'histoire du dieu. Explications par Fabrice Gauthier, dans la Revue archéologique du Centre de la France.

Les fouilles préventives entreprises depuis 2002 autour de la basilique Saint-Julien à Brioude ont permis la mise au jour de plusieurs bâtiments inédits du sanctuaire majeur de l’Auvergne mérovingienne dont le baptistère paléochrétien (Fig. 1). Ce dernier a fait l’objet de deux campagnes de fouilles programmées en 2005 et 2006. C’est lors du dégagement du parement d’un mur de la fin de l’époque mérovingienne, réutilisant le mur ouest de la salle baptismale, que fut découvert un fragment de sculpture antique. Réutilisé en moellon et recouvert partiellement de mortier, il n’était pas destiné à être visible.

Sculpté dans une arkose de provenance locale, il prend grossièrement la forme d’un “ L ”, présentant ce qu’il reste d’un personnage assis et d’un socle approximativement parallélépipédique qui correspond à une chaise flanquée par deux animaux, un cerf et un taureau (Fig. 2). La partie inférieure est sculptée sur les quatre faces. La face antérieure est occupée par le siège et les têtes animales présentées frontalement, tandis que la face à droite de l’observateur fait place au corps du cerf (Fig. 3). Sur la face gauche se développe le corps du taureau. À l’arrière, on observe l’arrière-train de l’animal et une face de joint de 10,6 cm de large (Fig. 4). Les parties inférieures et supérieures de la sculpture, qui correspondaient à la tête, au buste, aux membres supérieurs et à une partie des membres inférieurs du personnage, sont mutilées et donc absentes.


A. P.

mardi 12 août 2008

Lughnasad

Chaque année, les anciens Celtes fêtaient au début du mois d’août la grande fête de Lughnasad (ou Lugnasad). Il s’agit de l’une des quatre grandes fêtes spécifiquement celtiques, avec Maponos, Samain et Beltaine. Comme la plupart des fêtes antiques indo-européennes, elle est liée tout à la fois au cycle agraire – c’est partout dans l’Europe tempérée le temps des moissons- et au cycle cosmique, dont les hommes ont connaissance grâce à l’observation des astres. Il en subsiste des traces aujourd’hui, sous diverses formes, dans les pays de l’ancienne Keltia, comme par exemple la fête de la Vierge, célébrée en France le 15 août. Mais c’est la tradition irlandaise qui conserve le plus de vestiges des croyances et des pratiques de nos ancêtres.

Contrairement aux solstices et équinoxes, fêtes pré-celtiques à détermination solaire et qui reviennent à dates fixes, les fêtes celto-druidiques, qui marquent le début des saisons sont à détermination lunaire, c’est-à-dire que la date de leur célébration est choisie en fonction des cycles de la lune. La fête de Lughnasad, qui débute l’Automne, devrait être célébrée à la Pleine Lune la plus proche du 1er août, date en fait souvent matériellement retenue pour plus de commodité.
Lughnasad est placé sous le signe zodiacal du Lion qui représente la culmination végétale, la plénitude du fruit, toute magnificence ou maturité sous le plus éclatant soleil de l’année. C’est la dernière fête de l’abondance, les dernières récoltes, la Fête des Moissons et sa plante symbolique est le blé qu’on consomme pour la circonstance sous diverses formes (bouillies, pains, gâteaux, etc.) : le grain de blé enfoui dans la terre meurt en hiver pour renaître au printemps et porter les épis de l’été, et symbolise le cycle éternel de la vie et de la mort, ainsi que celui des transformations.
...
Pieter Bruegel, La Moisson, 1565. Depuis la période néolithique et jusqu'à nos jours, la moisson est un moment capital de la vie agraire des sociétés européennes.


Si on manque de références proprement gauloises, on sait que dans l'Irlande ancienne, Lughnasad est un divertissement collectif de plein air où toutes les classes sociales sont tenues de participer, et constitue aussi une trêve militaire puisque les guerriers y viennent sans armes.On s’y livre à des courses de chevaux, d’hommes et de femmes. C’est d’ ailleurs lors d’une telle épreuve que la déesse Macha, qui était alors enceinte et que l’on contraignit d’affronter les chevaux du roi à la course, gagna cette course en donnant naissance à deux jumeaux, et pour se venger des Ulates (sauf Cuchulainn), lança sa fameuse malédiction en les condamnant à connaître les souffrances de l’enfantement durant cinq nuits et quatre jours à chaque fois où le royaume était en danger.
La foule se presse pour assister à des luttes et à des régates, à des expositions de chefs- d’œuvre, à des concours d’éloquence et de musique et à des tournois d’échec (comme celui où Lug battit le roi Nuada : symboliquement, par sa victoire, Lug l’artisan s’approprie la marche complète du monde et le vieux roi, Nuada, l’accueille alors à la place d’honneur et lui transmet son pouvoir).

La fête est prétexte à une grande foire qui perdura longtemps et dont on trouve encore quelques exemples aujourd’hui, où se vendent et s'achètent toutes sortes de biens et produits, y compris des concubines comme le rapporte Henri Hubert. On y célèbre aussi des mariages et l’on y conclue des alliances. Mais surtout on y répartit tous les biens de consommation et de production issus de ce qui appartient à la collectivité, et non au seul individu. En fait toutes les richesses du royaume : terres, produits de la terre, bétail, etc.C’est le roi qui se chargeait de cette redistribution et de cette répartition en sa qualité de Distributeur. L’enrichissement personnel en général était considéré comme une tare par nos ancêtres, mais c’était encore beaucoup plus grave en ce qui concernait le Roi Distributeur des biens, et le fait de garder pour lui ces richesses était considéré comme un crime et puni de la peine de mort.De la même manière et par extension, le roi était le garant de la richesse et de la productivité du territoire dont il avait la charge, une série de mauvaises récoltes entraînait sa responsabilité, sa destitution et son exécution si sa responsabilité volontaire (circonstance aggravante) était reconnue.

Lughnasad signifie l’Assemblée de Lugh qui est le grand dieu pan celtique, tout à la fois dieu solaire (apparence lumineuse) et chthonien (de la terre et du monde souterrain : son oiseau est le corbeau), et dieu des arts et techniques dans lesquels il excelle tout à la fois.
Mais Lughnasad, c'est aussi Lugh qui fête sa mère adoptive : Tailtiu. En mourant d’épuisement, comme elle l'a fait, d’avoir transformé les forêts d’Irlande en verts pâturages et riches plaines fleuries de trèfles (emblème de l’Irlande ), Tailtiu assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple (« blé et lait dans chaque maison, paix et temps agréable »). Étymologiquement, c'est le nom de la Terre et si c’est avant tout le nom d’un site bien localisé dont la légende a fait une Déesse éponyme, Teltown où se déroulent les fêtes de Lughnasad, Tailtiu est en fait une des personnifications de l’Irlande, c’est à dire par extension, de l’Univers.Enfin, la fête de Lughnasad représente un point culminant dans les rapports entre le Roi et la déesse de la Terre (qui équivaut à une confirmation de souveraineté puisque c'est toujours la déesse qui donne la souveraineté au roi).

Représentation de Taranis sur le chaudron de Gundestrup (IIème siècle av. J.-C.)

On se rappelle aussi au passage que s’il faut en croire l’interprétation de Jean-Jacques Hatt du chaudron de Gundestrup, c’est à ce moment là que la Grande Déesse gauloise (de la Terre), Rigani, abandonne son époux terrestre pour rejoindre Taranis le dieu céleste (roi du Ciel) et dont l’Assomption chrétienne, fêtée le 15 août pourrait être une réminiscence.

Omios.

lundi 4 août 2008

Murus Gallicus : défense et symbolisme chez les Gaulois

A Bibracte, la porte du Rebout restitue au visiteur l'aspect d'un "mur gaulois" ou murus Gallicus.

“ [le murus Gallicus] est, de plus, très pratique et parfaitement adapté à la défense des villes, car la pierre le défend du feu et le bois des ravages du bélier, celui-ci ne pouvant ni briser, ni disjoindre une charpente où les pièces qui forment liaison à l’intérieur ont en général quarante pieds d’un seul tenant. ” (César, Guerre des Gaules, VII-23).


C'est par ces mots, concis comme à son habitude, que César reconnaissait la valeur des fortifications urbaines gauloises, qui lui donnèrent bien des soucis et provoquèrent la grave défaite de ses armées devant Gergovie.
Assemblage de charpenterie -un art dans lequel les Gaulois excellaient- et de pierres en grand appareil, le murus Gallicus est une grande spécificité des Celtes de la fin de la période laténienne (IIème - Ier siècles av. J.-C.). La technique n'est pas partout la même : à l'Ouest du Rhin, en Gaule à proprement parler, presque toujours, les poutres sont assemblées horizontalement, alors qu'à l'Est, elles sont fixées verticalement. Il n'est reste pas moins que cette innovation architecturale participait de l'identité de l'ensemble du monde celte antique.
Par ailleurs, l'enceinte urbaine, chez les Celtes comme chez les Romains ou les Grecs, revêtait également un caractère symbolique affirmé : elle délimite l'espace et comme telle, s'insère dans tout un réseau de strutures qui ordonnaient le monde des dieux et des hommes.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, voir ce très bon article en ligne de la RACF (Revue Archéolgique du Centre de la France).

Amaury P.

mercredi 16 juillet 2008

Une mandibule néandertalienne pour mieux comprendre les premiers peuplements de l'Europe


Nous vous parlions il y a quelques temps des récentes découvertes en paléonthologie humaine de l'Europe, qui remettent profondément en question la vision traditionnelle d'une Europe comme simple annexe de l'Afrique. C'est un domaine de recherche qui évolue constamment, comme le montre encore la découverte d'un fragment de machoire de Néandertal (homo Neandertalensis), dans la célèbre grotte de Tautavel.


AFP 9/7/2008 : "Une mandibule ante-néandertalienne découverte dans la grotte de Tautavel, qui devrait permettre de mieux connaître l'Homo erectus européen vivant en Roussillon il y a 450.000 ans, a été extraite mercredi du sol par les chercheurs. Cette mandibule, mise au jour le 19 juin à l'emplacement d'un campement de chasseurs acheuléens situé dans la grotte, ou "Caune" de l'Arago, a été entièrement dégagée par les chercheurs du centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel.

Mme Marie-Antoinette de Lumley, qui dirige les fouilles sur le site depuis 1964 avec son époux, le professeur Henry de Lumley, président du centre européen, a sorti, mercredi, la mandibule de terre. Elle l'a ensuite présentée à une cinquantaine de chercheurs et d'étudiants participant aux fouilles, ainsi qu'à quelques personnalités, dont le préfet des Pyrénées-Orientales."C'est une découverte très importante, car il y a très peu de mandibules découvertes jusqu'à présent en Europe. Moins de 10 mandibules antérieures à 400.000 ans ont jusqu'ici été découvertes", a déclaré le professeur de Lumley. "Elle permettra de comprendre, avec les trois autres mandibules découvertes sur le site de Tautavel, la variabilité et la diversité des Homos erectus européen. Elle apportera des données exceptionnelles, nouvelles, pour comprendre l'évolution des hommes et les premiers peuplements de l'Europe", a-t-il ajouté."C'est une mandibule d'une dame assez âgée, d'environ 30 ans, ce qui est élevé, car à l'âge préhistorique l'espérance de vie était de moins de 25 ans. Elle a été trouvée sur la même couche et à un mètre de distance que la précédente mandibule découverte le 10 septembre 2001, et qui appartenait à une jeune fille de 17 ans", a-t-il poursuivi. M. de Lumley a estimé que la femme à qui appartenait cette mandibule "a dû être mangée par ses semblables, car elle gisait au milieu d'un amas d'ossements de grands herbivores".

Ces deux mandibules ont été trouvées sur un sol jonché d'ossements mélangés dans un charnier avec des ossements de chevaux, de bisons, de rhinocéros, de rennes, de boeufs musqués et de renards polaires, ce qui prouve, selon le professeur, que le climat à l'époque était beaucoup plus frais que celui du Roussillon actuellement. La mandibule, baptisée "Arago 119", est le 119e reste humain retrouvé à Tautavel, un site incontournable pour l'étude des premiers habitants de l'Europe. Elle a été découverte par une jeune femme de 28 ans, Audrey Lee, qui participait à un stage de fouilles. Selon le professeur de Lumley, 1000 m2 du site de Tautavel ont jusqu'à présent été soumis à des fouilles."

A. Piedfer

dimanche 6 juillet 2008

Un aspect peu connu de la religion gauloise : le culte familial

On ne sait malheureusement pas grand chose du culte domestique que pratiquaient nos ancêtres gaulois et les découvertes archéologiques n'ont pas, dans ce domaine, pu nous faire remonter à la période indépendante. En revanche, à l'époque gallo-romaine, Il semble qu'il se présentait sous l'aspect de deux traditions différentes, l'une directement issue de l'influence romaine, l'autre exprimant peut être un conservatisme religieux gaulois et les deux exercées selon trois modalités particulières. De la même manière que leurs « occupants », les gaulois honorent les Lares et les Pénates, qui sont des divinités protectrices de la maison et du foyer, et qu'on installe dans des laraires, petits sanctuaires domestiques pouvant prendre la forme d'une petite niche dans l'atrium, ou d'une petite construction surélevée ou directement peinte sur un mur. On place donc dans ces laraires classiques les Lares et les Pénates mais aussi des figurines, souvent en bronze qui peuvent représenter Jupiter, Mars, Mercure ou Junon, et dont on a retrouvé un certain nombre (à Rouen, à Avenches en Suisse, etc ...)

A côté de ces laraires abritant des divinités de bronze spécifiquement romaines, on a retrouvé aussi des petits sanctuaires ou autels domestiques conservant des figurines en terre blanche et en calcaire qui sont d'un type gallo-romain beaucoup plus marqué, et représentant, comme à Langon en Ille et Vilaine une Cérès, des Vénus anadyomènes, un Mercure, des Déesses-Mères, un cheval...
A Rezé en Loire Atlantique, c'est aussi un laraire se rattachant à la tradition romaine qu'on a découvert mais dont les figurines et les divinités qu'il abrite, à savoir, un chien, gardien de la maison, un porc, symbole de fertilité et trois déesses protectrices, en font un petit sanctuaire privé entièrement consacré à des croyances indigènes.
On s'est demandé si ces laraires « mixtes » de type gallo-romain étaient l'expression d'un processus de romanisation en cours ou bien au contraire de retour aux traditions gauloises. On peut citer à l'appui de cette dernière thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d'être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, ce qui corroborerait le retour, à cette époque, aux traditions religieuses indigènes les plus anciennes.


Enfin, on a aussi découvert quelques niches ou édicules aménagés dans des caves, comme à Argentomagus (Argenton sur Creuse en 1986), où ont été mis à jour les vestiges d'un édicule maçonné renfermant deux statues et un phallus disposés derrière une petite table circulaire.
Les deux statues pourraient être les figurations du dieu Kernunnos et d'une divinité de la prospérité familiale, le phallus représentant la fertilité... C'est Joël Le Gall, qui fut le directeur des fouilles sur le site d'Alésia où l'on trouva, dans le sous sol de la « maison à la Mater » et dont l'escalier s'ouvrait dans la cour de la propriété, une statuette de déesse-mère au pied d'une niche, qui donna à ces sanctuaires le nom de « caves sanctuaires ». « Si elles présentent les mêmes caractéristiques que les caves utilitaires, précise Gérard Coulon (« à la rencontre des Dieux gaulois »), elles comportent en plus une ou plusieurs niches aménagées assez haut, dans les parois, qui abritent une ou plusieurs statues de déesses-mères ou de dieux domestiques ». En outre, les « caves sanctuaires », pour lesquelles Coulon préconise de substituer l'expression d' « oratoire privé en sous sol » présentent aussi la particularité d'abriter un guéridon de pierre à un seul pied, parfois décoré.


..........................................L'autel domestique d'Argentomagus


Ces détails sont rares dans les découvertes afférentes à la tradition romaine: pratiquement pas de laraires aménagés dans un sous-sol, extrême rareté des tables. Il semblerait donc bien que ces oratoires privés souterrains soient spécifiquement gaulois et Joël Le Gall est catégorique: « ces chapelles n'avaient aucun rapport avec les laraires romains, les dieux qu'on y honorait étaient les dieux nationaux de la Gaule ». La localisation souterraine peut s'expliquer de différentes manières: on a pu dire que la cave était l'endroit idéal pour honorer les divinités familiales de la fécondité et de la prospérité puisqu'elle est tout à la fois fondement de la maison, lieu sombre à l'abri des regards du public, resserre à provisions, et donc lieu privilégié pour demander à ces divinités les bienfaits matériels de leur protection, de la prospérité et de la sécurité . Raison supplémentaire, selon Joël Le Gall, si les gallo-romains pour accueillir leurs dieux dotaient leurs maisons d'un sous sol, c'est parce qu'il «leur rappelait les huttes à demi enterrées que les hommes partageaient jadis avec eux. Sans doute pour se rapprocher davantage encore de ce souvenir, on eut soin que l'escalier de ce sous sol débouchât toujours à l'air libre dans la cour de la maison ».
Il semblerait donc bien établi que ces oratoires privés ne participent en rien à la tradition romaine. En revanche, on ne sait pas s'il s'agit d'une vieille coutume indigène dont ne nous serait, pour une raison ou pour une autre, parvenu aucune trace de la période indépendante et qui continuerait à avoir cours sous l'Empire dans un nouveau cadre de vie; ou s'il s'agit de la transposition en Gaule intérieure, du laraire classique. La première hypothèse fait son chemin et Jean Louis Brunaux dans ses travaux sur les religions gauloises note que « l'autel dans la maison n'est à priori pas à rejeter » même si sa réalité ne pourra être prouvée que par l'archéologie . A l'heure actuelle, malheureusement, les découvertes sont encore trop peu nombreuses pour pouvoir juger de la place de ces sanctuaires souterrains dans la religion privée. En revanche, on peut se demander, comme Gérard Coulon, si « la coexistence de ces deux traditions religieuses d'expression bien différentes ne pourrait pas contribuer à appréhender une certaine dualité de la société gallo-romaine ? »

Omios.

samedi 28 juin 2008

Six idées reçues sur les Celtes


Depuis qu'on s'intéresse à eux, les Celtes ont fait l'objet de beaucoup de fantasmes, de manipulations et d'instrumentalisation idéologique. Une petite mise au point sur quelques idées reçues, hélas encore largement partagées aujourd'hui. L'ignorance ou la mauvaise foi aidant, il n'est pas rare de lire de belles bêtises sur la civilisation de nos ancêtres et sur leur place dans l'édification de la France et de l'Europe [1].

1/ "Les Celtes ne connaissaient pas l'écriture"

C'est absolument faux. L'usage en est extrêmement ancien : de Castelleto Ticino, Via Aronco, en Italie du Nord, provient une inscription celtique sur vase à boire datée du deuxième quart du VIème av. J.-C. ; elle est donc aussi ancienne que les plus vieilles inscriptions latines ! Elle est gravée dans l'alphabet dit de Lugano, dérivé de l'alphabet nord-étrusque, qui a couramment servi aux Celtes d'Italie du Nord dès le VIème siècle. Plus tard, l'usage de l'écriture est devenu très courant de part et d'autre des Alpes. En Gaule intérieure, c'est souvent, en particulier à partir du IIème siècle av. J.-C., l'alphabet grec qui est employé par les Celtes pour transcrire leur langue.


Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.


2/ "Ils faisaient des sacrifices humains"

Les sources gréco-latines évoquent la pratique de sacrifices humains par les druides, et certains sites archéologiques semblent suggérer des meurtres rituels.
Mais les fouilles archéologiques montrent que les corps humains déposés rituellement sont très rares (comme par exemple à Ribemont) : le sacrifice humain n’était pratiqué que dans des circonstances exceptionnelles, épidémie ou guerre. Strabon notamment rapporte le sacrifice d’un homme, à l’aide d’une épée, dans un but divinatoire : ceci concerne donc les vates, responsables de la divination, et non les druides. Il est probable en revanche que les druides aient plutôt cherché à réduire la pratique du sacrifice humain. Ajoutons que la cérémonie qui avait lieu tous les cinq ans ne concernait que les prisonniers exécutés dans le cadre d’une sanction judiciaire, et la pratique semble avoir été abandonnée à l’époque de César. Comme à Rome sans doute, le sacrifice humain fut donc peu à peu remplacé par le sacrifice animal.


3/ "Ils combattaient nus"

Certains auteurs grecs, en effet, évoquent d'impressionnants guerriers celtes se présentant "nus" devant l'ennemi. En fait, cette pratique est peu attestée, jamais décrite par les auteurs latins qui se sont intéressés à la question. Pas un mot de César sur la question, par exemple. Comment alors comprendre cette affirmation ? Il probable que les auteurs grecs, habitués à voir combattre les hoplites, les "hommes de bronze" avec leur armement lourd, aient pu être frappés par la légèreté de l'équipement de certains fantassins celtes, spécialisés dans l'escarmouche. Et en effet, de nombreux auteurs, notamment Polybe et Tite-Live, décrivent cette tactique des Celtes qui consistait, avant la bataille rangée, à harceler l'ennemi par des attaques éclair. Combattre "nu", c'est donc, pour les Grecs, avant tout combattre sans la lourde armure de bronze qui leur paraissait indispensable pour remporter la victoire.


4/ "Ils ignoraient la ville"

Il s'agit encore d'une affirmation fausse. Dès le Vème siècle av. J.-C., les Celtes d'Italie du Nord fondent Mantoue et Côme, puis, au siècle suivant, les Insubres fondent Milan (Mediolanum). L'auteur grec Polybe leur reconnaît d'ailleurs ce caractère de "fondateurs de villes", ce qui n'est pas rien venant d'un Grec. Vers la même époque ou même un peu avant, en Gaule intérieure, des villes se développent dans l'entourage des "princes" de la fin de la période de Hallstatt (VIIIème - Vème siècles av. J.-C.), comme l'ont montré les recherches de Bruno Chaume autour de la tombe de la Dame de Vix (Bourgogne).
Plus tard, au IIème siècle av. J.-C., éclot en Gaule intérieure ce que les historiens appellent "la civilisation des oppida" : les Gaulois, partout, édifient de puissantes cités fortifiées, dont les archéologues redécouvrent aujourd'hui l'ampleur, comme à Bibracte, à Gergovie ou à Corent.


...................L'impressionnant oppidum d'Ensérune, en Languedoc.


5/ "Leur pays était sauvage et couvert de forêts"

Cette idée découle d'une lecture peu attentive des sources gréco-latines, qui évoquent par exemple la "Gaule chevelue", ce que certains ont compris comme "couverte de forêts", ainsi que de l'état longtemps lacunaire de la connaissance des vestiges matériels de la civilisation celte antique. Ces conclusions ont longtemps alimenté une vision romantique de la civilisation celte, qui se serait développée dans des pays de forêts, de landes, de rochers, où les hommes peu nombreux et dispersés auraient développé des vertus de "bon sauvage".
L'archéologie a aujourd'hui démontré [2], sans conteste, que la Gaule des IIème-Ier siècles av. J.-C., au contraire, s'était non seulement couverte de villes, mais encore que ses campagnes étaient intensément exploitées, densément peuplées. L'agriculture des Gaulois, très riche et productive, suscitait l'admiration des Romains, comme l'écrit explicitement Polybe à propos de la Plaine du au IIème siècle av. J.-C., ou encore Pline pour la Gaule celtique (nord de la France) au Ier siècle ap. J.-C.
Au temps de Vercingétorix, les pays gaulois d'entre Rhin et Pyrénées comptaient probablement près de 18 millions d'habitants [3] ! Évidemment, l'idée que l'essentiel du peuplement de notre pays s'est fait à une époque aussi ancienne n'arrange pas ceux qui aujourd'hui, pour des raisons idéologiques, voudraient faire croire que les Gaulois sont le produit d'un perpétuel "métissage".

Picardie : Tailly l'Arbre à Mouches. Vestiges de fermes gauloises, IIème-Ier siècles av. J.-C.

6/ "Ils étaient grands et blonds"

C'est ce qu'affirment tous les auteurs gréco-romains. Il faut comprendre, pourtant, que la plupart d'entre eux ne connaissaient pas directement les pays occupés par des Celtes, et que ces descriptions un peu caricaturales sont le produit de l'observation de quelques voyageurs méditerranéens au-delà des Alpes ou des montagnes de la Thrace. Elles correspondent en fait à une vision générale de l'Europe intérieure, pas des Celtes en particulier ; comme il est naturel en pareil cas, on force les traits pour mieux faire ressortir les différences avec ce que l'on connaît. Si les Celtes en général étaient, comme l'a montré l'archéologie funéraire, plus grands en moyenne que les populations méditerranéennes, qu'ils avaient plus souvent que les Grecs ou les Romains les cheveux clairs, les yeux bleus ou verts, d'une part les peuples celtes n'étaient pas tous identiques les uns aux autres, d'autre part ils n'étaient pas systématiquement des géants blonds. Comme l'avait écrit l'historien Ferdinand Lot il y a plus d'un demi-siècle, pour savoir à quoi ressemblaient les Gaulois, le mieux est encore d'observer les Français d'aujourd'hui !


Amaury Piedfer.


[1] On lira en particulier l'article édifiant de Suzanne Citron, "historienne et auteure", publié par Rue89, ainsi que les commentaires qui l'accompagnent, montrant la crédulité de certains lecteurs mais aussi, fort heureusement, le sens critique d'autres.

[2] Voir l'ouvrage de O. Buchsenschutz, Les Celtes, A. Colin, Paris, 2007, pour une synthèse récente sur la question.

[3] C'est le chiffre que donne J.-L. Brunaux, "Nos ancêtres les Gaulois", L'Histoire, décembre 2007.

samedi 14 juin 2008

Mobiliers et rituels chez les Celtes laténiens

Gérard bataille a soutenu une thèse à l'université de Dijon sur le thème de l'usage des mobiliers métalliques dans les sanctuaires celtes de l'époque laténienne (Vème - Ier siècles av. J.-C.). C'est le fruit de ce travail qui vient d'être publié par les Editions de l'Université de Dijon : un gros volume qui ne s'adresse pas au néophyte, mais à ceux qui veulent aller plus loin dans la redécouverte des pratiques religieuses de nos ancêtres.

Présentation de l'éditeur :

Cet ouvrage explore certains aspects de la religion celtique par l’analyse des pratiques rituelles liées aux mobiliers métalliques retrouvés sur quelques sanctuaires laténiens. Pour ce faire, l’auteur développe une nouvelle méthode d’approche des ensembles métalliques à la fois qualitative et quantitative du sanctuaire de La Vileneuve-au-Châtelot (département de l'Aube). Par ce travail, ce sont des réflexions sur l’organisation des cultes et de la religion elle-même auxquelles aboutit l’auteur.

...
Table des matières
Historiographie et méthodologie
Le sanctuaire de La Villeneuve-au-Châtelot
Le mobilier de La Villeneuve-au-Châtelot comparé à d'autres ensembles de sanctuaires
NMI métallique, faciès mobilier et religion celtique

Gérard Bataille, Les Celtes : des mobiliers aux cultes, EUD / Art, Archéologie et Patrimoine, 22 x 27 cm, 300 p. : ill., Avril 2008.


En revanche, pour ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas encore de solides connaissances dans ce domaine, je recommande vivement la lecture d'un article de synthèse de J.-L. Brunaux, publié il y a maintenant près de 25 ans dans une revue suédoise, mais qui constitue toujours une bonne base pour se familiariser avec les grandes caractéristiques cultuelles de nos ancêtres.
Cet article est désormais en ligne au format PDF :
Amaury Piedfer.

vendredi 13 juin 2008

Le disque céleste de Nebra : aux sources de la civilisation européenne

Ex oriente lux. L'opinion courante, appuyée par de nombreux avis érudits, a longtemps considéré que l'Europe devait une grande part de sa civilisation aux sociétés de l'orient méditerranéen et mésopotamien. Or, au fur et à mesure que la recherche scientifique avance, on redécouvre que l'Europe, aussi tôt que l'Orient, parfois même avant, avait développé ses propres concepts, ses propres formes plastiques, un génie spécifique qui n'avait rien d'obscur, se formant dès le Néolithique (6000 - 2500 av. J.-C.) et l'âge du Bronze (2500 - 1100 av. J.-C.) un socle de civilisation qui a traversé les âges. Si la linguistique a démontré la complexité de la pensée indo-européenne, l'archéologie vient parfois prêter main forte.
C'est ce qu'il est advenu tout récemment, avec la découverte d'un disque de bronze, daté de 1600 av. J.-C., à Nebra, en Allemagne. Ce disque figure la plus ancienne représentation du ciel connue à ce jour dans le monde, surclassant les plus anciennes représentations égyptiennes (1400 av. J.-C.). Loin de se limiter à une simple transcription de la voûte céleste (ce qui, pour une aussi haute époque, aurait déjà été extraordinaire), le disque figure une véritable vision du monde, qui ne se comprend qu'au regard de toute la tradition indo-européenne, et n'a pu être le produit que d'une société déjà très évoluée, capable d'observations astronomiques et de calculs complexes, structurée autour de cultes cosmiques et agraires.

Une découverte extraordinaire, qui remet en question toute la vision traditionnelle des rapports entre l'Europe et l'Orient, à travers un passionnant reportage de la BBC, retransmis par Arte.
Amaury P.
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Le Disque de Nebra 1 sur 3
envoyé par robertofiorini


Le Disque de Nebra 2 sur 3
envoyé par robertofiorini



Le Disque de Nebra 3 sur 3
envoyé par robertofiorini

jeudi 12 juin 2008

La forêt, mère et alliée des Gaulois

Les Gaulois, depuis toujours, vivent en symbiose avec la forêt : elle est tout à la fois leur matrice, leur ressource, mais aussi, parfois, leur rempart.
En 215 av. J.-C., les troupes carthaginoises d'Hannibal ont pénétré en Italie, où elles infligent de sévères défaites à l'armée romaine, avant de s'installer pour plus de dix ans dans le sud de la péninsule. Dans l'Italie du Nord, alors dominée par des peuples celtiques, que les Romains appellent "Gaulois", l'armée romaine doit affronter les Boïens, un puissant peuple celtique venu de Bohême au début du IVème siècle av. J.-C., et qui profite du désordre semé par Hannibal pour se soulever contre Rome, qui lui avait infligé une défaite dix ans plus tôt, à Télamon (Etrurie).
Les Boïens occupent un vaste territoire, entre le fleuve Pô et la chaîne des Apennins, où la forêt, qui a aujourd'hui disparu, avait une grande importance et offrait des nombreuses richesses, complétant avantageusement celles tirées des terres padanes fertiles.

Les Romains doivent s'engager en terrain alors encore inconnu, sous la direction du consul Lucius Postumius Albinus. Tite-Live, lui-même originaire de cette Gaule Cisalpine [1], raconte deux siècles plus tard les événements, dans un récit qui a intégré, probablement, des éléments de la vision celte de la forêt. En effet, s'il était de tradition, chez les anciens Celtes, de s'emparer du crâne des ennemis vaincus au combat, dont la vie était en quelque sorte offerte aux dieux [2], le sort réservé au crâne du consul romain, bien spécifique, laisse supposer que la victoire fut considérée par les Gaulois boïens comme d'une nature particulière, peut-être l'oeuvre des dieux et de la forêt...
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Au milieu de toutes ces mesures, on apprit une nouvelle défaite. La fortune accumulait tous les désastres sur cette année. L. Postumius, consul désigné, avait péri en Gaule avec toute son armée. Il y avait une vaste forêt, que les Gaulois appellent Litana, et où il allait faire passer son armée. À droite et à gauche de la route, les Gaulois avaient coupé les arbres, de telle sorte que tout en restant debout ils pussent tomber à la plus légère impulsion. Postumius avait deux légions romaines ; et du côté de la mer supérieure il avait enrôlé tant d'alliés qu'une armée de vingt-cinq mille hommes le suivait sur le territoire ennemi. Les Gaulois s'étaient répandus sur la lisière de la forêt, le plus loin possible de la route. Dès que l'armée romaine fut engagée dans cet étroit passage, ils poussèrent les plus éloignés de ces arbres qu'ils avaient coupés par le pied. Les premiers tombant sur les plus proches, si peu stables eux-mêmes et si faciles à renverser, tout fut écrasé par leur chute confuse, armes, hommes, chevaux : il y eut à peine dix soldats qui échappèrent. La plupart avaient péri étouffés sous les troncs et sous les branches brisées des arbres ; quant aux autres, troublés par ce coup inattendu, ils furent massacrés par les Gaulois, qui cernaient en armes toute l'étendue du défilé.
Sur une armée si considérable, quelques soldats seulement furent faits prisonniers, en cherchant à gagner le pont, où l'ennemi, qui en était déjà maître, les arrêta. Ce fut là que périt Postumius, en faisant les plus héroïques efforts pour ne pas être pris. Ses dépouilles et sa tête, séparée de son corps, furent portées en triomphe par les Boïens dans le temple le plus respecté chez cette nation ; puis, la tête fut vidée, et le crâne, selon l'usage de ces peuples, orné d'un cercle d'or ciselé, leur servit de vase sacré pour offrir des libations dans les fêtes solennelles. Ce fut aussi la coupe du grand pontife et des prêtres du temple. Le butin fut pour les Gaulois aussi considérable que l'avait été la victoire ; car, bien que les animaux, pour la plupart, eussent été écrasés par la chute de la forêt, n'y ayant pas eu de fuite ni par conséquent de dispersion des bagages, on retrouva tous les objets à terre, le long de la ligne formée par les cadavres.

Tite-Live, Histoire Romaine, XXXIII, 24, 6-13.

Nous ne savons pas précisément où se trouvait cette fameuse silua Litana qui fut, le temps d'un combat, l'alliée redoutable des Boïens. Mais il est clair que l'événement fut l'objet d'une interprétation sacrée, confortant la conception de la forêt divine et protectrice, au point que même les Romains en conservèrent un souvenir émerveillé.

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[1] Il était d'une famille de l'élite locale de Padoue, en Vénétie.
[2] Voir le remarquable article de J.-L. Brunaux, La mort du guerrier celte, Essai d'histoire des mentalités, dans Rites et espaces sacrés en pays celte et méditerranéen, Collection de l'Ecole française de Rome, n° 276, Rome, 2000, p. 305-335.

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Amaury Piedfer.


mercredi 11 juin 2008

Des Gaulois aux Gallo-romains, chez les Santons


Dans la ville de Saintes, capitale de la Saintonge, au coeur du pays des anciens Santons, se trouve l'un des plus fascinants monuments de la Gaule romaine. L'arc de Germanicus se trouvait, à l'origine, à l'entrée d'un pont sur la Charente, à l'arrivée de la voie menant de Lugdunum (Lyon) à Mediolanum Santonum (Saintes), puis fut déplacé de quelques mètres lors de l'aménagement des quais. Construit en 19 ap. J.-C. en l'honneur de ce prince très populaire de la maison impériale romaine, l'édifice est orné d'une classique dédicace au destinataire de l'édifice, dont le commanditaire a aussi laissé son nom, soucieux de valoriser son acte d'évergétisme (générosité envers ses concitoyens) dans l'espace public de la cité des Santons. Mais cette inscription a priori classique recèle un trésor pour l'histoire de la Gaule. Voici ce qu'elle nous apprend :
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GERMANICO [CAESA]R[I] TI(berii) AUG(usti) F(ilio)DIVI AUG(usti) NEP(oti) DIVI IULI PRONEP(oti)[AUGU]RI FLAM(ini) AUGUST(ali) CO(n)S(uli) II IMP(eratori) II //
C(aius) IVLI[us] C(aii) IVLI(i) OTVANEUNI F(ilius) RVFVS C(aii) IVLI(i) GEDOMONIS NEPOS, EPOTSOVIRIDI PRON(epos), [SACERDOS ROMAE ET AUG]USTI [AD A]RAM QU[A]E EST AD CONFLUENT[E]M, PRAEFECTUS [FAB]RUM, D(at).
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Notre traduction française :
À Germanicus César, fils de Tibère Auguste, petit-fils du divin Auguste, arrière-petit-fils du divin Jules, augure, flamine augustal, consul pour la deuxième fois, salué imperator pour la deuxième fois.
Caius Julius Rufus, fils de Caius Julius Otuaneunus, petit-fils de Caius Julius Gedemo, arrière-petit-fils d’Epotsoviridius, prêtre de Rome et d’Auguste à l’autel qui se trouve au Confluent, préfet des ouvriers, a fait don (de cet arc).
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Après la dédicace à Germanicus, vient donc le nom du notable santon qui a commandé l'arc, Caius Julius Rufus ; c'est là que les choses deviennent passionnantes, car la longue dénomination du personnage révèle en quelques lignes comment la Gaule celtique est devenue gallo-romaine. En effet, Caius Julius Rufus a précisé son arbre généalogique, jusqu'à la génération de son arrière-grand-père. Si Rufus porte le nom classique du citoyen romain, avec trois composantes purement latines (prénom Caius, gentilice qui se transmet de père en fils, ici Julius ; surnom Rufus : le roux), ses ascendants, eux, n'étaient pas encore complètement romains. Son père et son grand-père portent déjà les tria nomina romains, mais leur surnom, au lieu d'être latin, est un nom bien celte : Otuaneunus et Gedemo. L'arrière-grand-père de Rufus, quant à lui, ne porte pas les tria nomina, mais seulement un nom unique celtique, Epotsoviridius : il n'était pas citoyen romain. Ces quelques enseignements en disent long sur l'histoire des arisocrates celtes au lendemain de la Guerre des Gaules.
En effet, Epotsoviridius, aristocrate celte des Santons, a vécu sans doute dans la première moitié du Ier siècle ap. J.-C. ; on peut estimer sa naissance aux alentours de 100 av. J.-C. ; il avait donc une quarantaine d'années quand éclate la Guerre des Gaules, à laquelle il participa forcément à un titre ou un autre. Quoi qu'il en soit, son fils Gedemo a reçu la citoyenneté romaine d'un certain Caius Julius, dont il a repris la prénom et le gentilice : ce puissant personnage fut soit César lui-même, soit plutôt son fils adoptif, le premier empereur Auguste (27 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.). Ce privilège recompensait sans doute la fidélité de cette famille d'aristocrates gaulois envers le pouvoir romain. Si à la génération suivante, Otuaneunus a conservé un surnom celte, son fils a choisi, le premier, d'adopter une dénomination parfaitement romaine : en trois générations, l'aristocratie gauloise était devenue gallo-romaine. Les formes et l'expression sont désormais parfaitement romaines, même si les comportements et les habitudes restent souvent proches de la souche celtique. Ici, aucun apport de peuplement romain, le changement s'est fait en interne, librement. Et on comprend bien pourquoi : le pouvoir est désormais romain, c'est Rome qui incarne la puissance et les possibilités d'ascension sociale. Notre Rufus a d'ailleurs bien profité de sa situation : il est devenu prêtre au grand sanctuaire fédéral gaulois de Lyon (le Confluent), et préfet des ouvriers, c'est-à-dire un chevalier romain chargé de seconder un magistrat supérieur romain.
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En moins d'un siècle, les élites gauloises se sont intégrées d'elles-mêmes à la sphère politique et culturelle romaine. Le petit peuple, quant à lui, reste bien plus longtemps marqué par des influences celtiques manifestes, n'obtient que beaucoup plus tard la citoyenneté romaine (édit de Caracalla en 212 ap J.-C.) et, en plein IVème siècle, quand Saint Martin sillonnera les campagnes du centre-ouest de la Gaule, il lui faudra un interprète pour se faire comprendre des pagani qui n'entendaient que le celtique.
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Arthur L.

dimanche 8 juin 2008

L'or des Barbares, entre Gaule et Germanie


Le parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim propose, à partir du 7 juin 2008 et jusqu'au 26 octobre 2008, une exposition sur le thème de "L'or des Barbares".

Il s'agit en fait d'exposer un trésor d'époque gallo-romaine, exhumé du Rhin entre 1967 et 1997, à Neupotz, entre Karlsruhe et Spire ; il est constitué essentiellement de riches éléments de vaisselle et de parure gallo-romains. Les archéologues le datent des environs de 260 ap. J.-C. C'est en fait un témoin très précieux de la situation du Nord-Est de l'Empire romain vers le milieu du IIIème siècle av. J.-C., une période très troublée tant sur le plan intérieur (usurpations, conflits de pouvoir) que sur le plan extérieur, puisque l'Empire subit alors une intensification des raids de pillage menés par les Germains, essentiellement, à cette époque, Francs et Alamans.
Le trésor de Neupotz est probablement le fruit d'un ce des raids de pillage en Gaule romaine, très riche butin qu'une troupe de Germains espérait ramener chez eux, au-delà du Rhin, mais qui, pour une raison qui nous échappe, se perdit et finit dans le cours du fleuve. Nous ne sommes pas encore au temps des migrations, les "barbares" se contentent alors de pénétrer dans l'Empire, dans les deux provinces frontière de Germanie inférieure et de Germanie supérieure, puis dans la province de Gaule Belgique, et au-delà, dans la riche Gaule Lyonnaise, pour mener de brefs raids ; ils ne cherchent pas à s'établir, ni à acquérir des terres, mais seulement à mettre la main sur des richesses facilement transportables, notamment les métaux précieux.



L'exposition est accueillie sur le superbe site de Bliesbruck-Reinheim, à la frontière franco-allemande, dont la visite présente elle-même un grand intérêt. Le site est surtout célèbre pour la tombe de "princesse" celte qu'il a livré avec un riche matériel (torque torsadé, bracelets, fibule et bagues en or, fibule et miroir en bronze, corne à boire, plats en bronze, etc.), daté à la fin du Vème siècle av. J.-C. (photo ci-contre). La sépulture se trouvait sur les pentes d'un oppidum celtique implanté sur une petite colline dominant la vallée de la Blies, qui se trouvait sur l'ancien territoire des Médiomatriques, dans cette partie de la Gaule dite "Belgique".
Plus tard, dans la vallée, se développe une petite bourgade très dynamique (les Romains appelaient souvent de genre d'agglomération secondaire vicus), qui comprenait de vastes thermes, dont les aménagements révèlent une pragmatique adaptation au climat frais de la région, mais aussi un grand quartier artisanal, qui s'est développé le long d'une voie nord -sud. Plus tard encore, à partir du IVème siècle, la bourgade elle-même semble presque totalement abandonnée, mais se construit alors à proximité une immense villa, avec enceinte fortifiée, où travaillaient sans doute, au service d'un maître, plusieurs centaines d'hommes. Les rapports de la villa avec l'ancien vicus ne sont pas clairement établis, mais il semble que ce changement dans l'occupation de l'espace reflète un changement important dans la structure des rapports sociaux.



Le site, très bien aménagé pour les visiteurs, présente la particularité d'être à cheval sur la France et l'Allemagne ; ainsi, pendant la visite, vous passerez la frontière sans même vous en rendre compte ! Il y a cependant un accueil côté français et un autre côté allemand.


Bref, si vous habitez la région, ou si l'envie vous prend de la découvrir, n'hésitez pas à faire un petit crochet par Bliesbruck-Reinheim, c'est sans conteste un haut lieu de l'histoire ancienne de la Gaule et de l'Europe.




La villa du IVème siècle : proposition de restitution



Amaury Piedfer.

samedi 7 juin 2008

La naissance de l'homme européen


En douce, délibérément cachée par les grands médias pour des motifs idéologiques, se déroule depuis quelques années une révolution scientifique telle que la discipline préhistorique n'en avait pas connu depuis des décennies. En effet, c'est toute la théorie de l'origine africaine de l'homme qui est en train de s'effondrer. Si, encore à l'heure actuelle, les plus anciens squelettes d'hominidés proviennent bien d'Afrique, les découvertes les plus récentes, en Géorgie et en Espagne, soit aux deux extrémités de la grande Europe, montrent que notre continent fut le lieu d'une hominisation parallèle à celle de l'Afrique, et surtout, que l'homme moderne européen n'est pas apparenté aux hommes modernes d'Afrique.

A titre personnel, je tiens à préciser l'idée suivante : cela ne me poserait aucun problème de conscience ni d'identité, d'admettre une démonstration qui prouverait que l'homme moderne européen est un proche parent de l'homme moderne africain, par exemple si l'on découvrait un ancêtre commun proto-moderne à l'un et à l'autre. Car je crois que notre identité ne se définit pas en fonction de ce qu'ont été nos ancêtres, mais en fonction de ce que nous sommes aujourd'hui, c'est-à-dire qu'elle dépend des héritages vivants, matériels ou spirituels, pas de ce qui est mort.

Mais visiblement, l'inverse n'est pas vrai pour la majorité des scientifiques actuels, que les nouveaux éléments confortant l'idée inverse (une souche différente pour les Africains et les Européens) semblent gêner au plus haut point. Sont-ils inquiets de ce que l'armada des vigiles de la pensée pourrait mobiliser contre eux ? Craignent-ils de favoriser les mouvements identitaires européens (ou africains) ? de remettre en cause l'un des piliers de la doctrine antiraciste ? Je ne sais, mais il est certain que jamais avant aujourd'hui le poids des impératifs idéologiques ne se sera fait autant sentir sur la marche de la science.

Mais